Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /Mai /2009 03:46


A plusieurs reprises, j'ai envoyé ici des morceaux interprétés en live. C'est une préférence personnelle. Rien de tel que le son des instruments et des voix répercutés sur les murs d'une salle, et sur le petit peuple. Ca donne au son un côté profond, plus lourd et plus chaleureux, en supplément de l'écho naturel que l'ensemble provoque.


Autre aspect que j'adore: la foule. Masse informe mais difforme, individuel mais impersonnelle. Ensemble confus, diffus et éparse. Peuple braillard et gueulard. Une même foule, unis autour d'une même envie, qui les a conduits à se rassembler à un même endroit, dans l'attente d'une même chose. Du son. Un bruit spécifique, que la foule connait déjà, mais qu'il espère ici redécouvrir, peut-être réinterprété, réinstrumentalisé ou reconstruit. Différent en tout cas.

 


Scorpions, en live, c’est de la sueur et du sang. Des deux côtés de la barrière. Les têtes se secouent, les corps vibrent. Les émotions assaillent, les sens tressaillent. Le jeu des lumières sera à la hauteur du son, et sublimera ses géniteurs. Il faut s’imaginer dans un stade, pris dans une marée humaine, agissant, ressentant et vibrant comme un seul corps. Non, c’est bien d'un concert dont je parle, pas d’une partouze. A chacun ses sources de plaisir.

 

 « Live Bites », album énorme, quand on aime le groupe, et  les spectacles hauts en couleurs. « Is There Anybody There ? », par Scorpions. Chanson atypique pour le groupe. Scorpions, c’est d’abord du bon gros son teuton, du genre tachant, voire tâcheron, avec comme une odeur de bière et de transpiration dans les airs. Et cheveux en mode serpillière. Y’a qu’à mater la tête des messieurs. Exceptionnellement là, on a le droit à un mélange des genres. Et Dieu sait que j’aime ça. Au gros son qui tache (on ne renie pas ses origines) s’ajoute ici une grosse dose de reggae. Oui, de reggae. Le style aux milles effluves …

 

Largement diffusée par la basse et la rythmic guitare, cette douce musique aux aigres senteurs de pétard s’insère parfaitement entre les passages de rock plus hardeux, et les deux six cordes passent merveilleusement d’un registre à l’autre. Elles ne saturent plus aussi facilement que sur d’autres pistes, et savent se faire plus élégantes, moins rutilantes et acerbes. Rudolf Schenker, M. musique du groupe, a pondu une merveille.

 

Le bonhomme a toujours été doué pour construire les morceaux, mais aussi les solos. Il a su parfois en faire des chansons à part entière (vibrant « Concerto in V », parfaite amorce à l’ « Alien Nation »). A la différence que pour ce solo-ci, on reste dans le style reggae. Les notes ne se succèdent pas à la vitesse du son, les effets de guitare ne sont ni complexes, ni exubérants. Presque une certaine sobriété dans le jeu. Quoique la guitare donne toujours (aussi bien) l’impression de nous parler, de succéder à la voix des couplets, et de cantonner cette dernière à un mode d’expression imparfait et insuffisant, presque inutile.

 

Quoiqu’il ne faille pas pour autant retirer à celle-ci les mérites qu’il lui revient de droit. Klaus Meine, M. texte du groupe, réussi ici un brillant exercice de style. Faire d’une chanson une ode, un hymne. Faire ressentir la fureur comme la tristesse. Le texte est ici introspectif. Glauque à souhait. Et Dieu sait que j’aime ça. Déjà cette simili-intro, pas si loin du yaourt, annonce ce que sera la suite. Un cri, inutile mais nécessaire. Du désespoir en barre. Un cri de douleur, aussi. Une renaissance, dans le sang et les larmes ?

 

Une perte de repères. Une chute libre. Une noyade.

Where is the love of my life couldnt find her

In the darkness of these days

I find myself in a state of confusion

Lifes like a pantomime trick

Save me dont let me get lost in the ocean

 

La recherche d’un endroit salutaire. Ou de la personne providentielle. Rédemptrice.

Tell me the way I must take to reach my destination

Wheres a place that I can stay

Who shows me the way to my love

I need your help everyday

To bring back the sun to my heart

 

Allons plus loin encore, et tapons dans l’extrapolation. Et si le solo était finalement cette chose/personne/entité si ardemment recherchée ? Déclenché pour succéder à cette profusion de sentiments de perdition, il vient nous rappeler à la raison. Pour moi, cette chanson est le symbole, la signification même que la musique qui s’attache à ne pas se renouveler, à s’enfermer dans un unique style, conduit les groupes à leurs pertes. La richesse est dans la variété. C’est ce que cette guitare me pleure à l’oreille. Analysons le refrain. Au début, « who feels that vibration » est sur fond sonore hard rock, tandis qu’en conclusion « To bring back the sun to my heart » passe en reggae rock. Léger glissé vers la fusion, le but à atteindre, en quatre phrases, un refrain. CQFD, oserais-je dire.

 

Revenons-en à la chanson. Nous passerons ici sur le final, typique des live, à savoir mièvre et sans trop de saveurs. Trop abrupte. J’ai d’ailleurs personnellement l’envie, et à chaque fois, de me coller les doigts dans un encadrement de porte, et de refermer violement celle-ci, juste dans l’espoir d’échapper à cette pitrerie de conclusion par un  gros lâcher d’endorphine direct au cerveau. Passons, oui. Car cinq secondes ne peuvent entacher quatre minutes de bonheur.

 

Rudolf Schenker et Klaus Meine, plus qu’omniprésent dans le groupe et sur scène, dans leurs prestations et jeux respectifs, sont les deux seuls membres dont j’ai parlé. Et pour cause. Le premier est le seul membre à avoir été dans le groupe depuis ses débuts, et à ne pas l’avoir quitté. Le second n’a raté qu’une poignée d’années au début, mais peut-on seulement lui en vouloir tant il aura su sublimer les compos du groupe par ses textes.

 

Loin des ballades emblématiques du groupe, si (trop) souvent martelées par quelques radios à œillères, voilà une piste presque méconnue, mais qui détonne tellement du reste.

 

Hommage lui est rendu. J'espère.

Car Dieu sait que je l’aime.

 

 



Par JdG - Publié dans : Mails en musik. Ou musik en mails ...
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